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Ce qu'il faut retenir du plan de programmation des emplois et des compétences

Jean-Baptiste Cottenceau 
28/04/2020
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source : usinenouvelle.com
L'avis de Sustainable metrics

La transition vers un modèle économique plus responsable et durable passera par des progrès techniques majeurs et des changements de comportement marqués mais un des enjeux déterminants est avant tout la mise en œuvre de notre transition professionnelle et la modification de nos métiers. Il en va de notre responsabilité d’anticiper des changements pour ne pas les subir. Ce plan de programmation des emplois et des compétences nous met sur la voie

Source : Ademe 2017

Laurence Parisot a remis le 19 février 2019 son rapport sur le plan de programmation des emplois et compétences (PPEC) aux ministères de la transition écologique, du Travail, de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. L’ancienne directrice du MEDEF propose d’évaluer les emplois, les compétences et les formations nécessaires à la transition énergétique. Trois secteurs sont particulièrement étudiés : le bâtiment, le transport et l’énergie, trois principaux domaines où les consommations énergétiques et les émissions carbone sont importantes.

 

Les emplois de la transition énergétique

 

A l’aide de données professionnelles et de statistiques publiques, l’Ademe a recensé environ 300 000 emplois équivalent temps plein (ETP) dans la transition énergétique en 2015. Cela représente 1,6% des emplois de la France tout secteur confondu. Sur la période 2006-2015, ils sont en hausse de 39%.  Le graphique ci-dessus permet d’apprécier cette évolution non linéaire.

Une autre approche est proposée par l’Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte (Onemev), qui identifie deux types de métiers : les métiers verts[1] et les métiers verdissants[2]. Les premiers ont un impact direct sur l’environnement et les seconds intègrent la dimension environnementale dans leur fonctionnement.

D’après cette étude, en 2014, 146 000 personnes ont un métier vert et 3,8 millions un métier verdissant. Cela représente 15% des emplois français. L’analyse de ces deux études pousse Mme Parisot à conclure sur la mise en place d’un Dashboard des professions de la transition énergétique afin de réaliser un PPEC cohérent.

Par ailleurs, l’analyse de différents modèles macro-économiques montre que les politiques de transition énergétique pourraient créer entre 160 000 et 600 000 emplois à moyen et long terme. Cependant, la dimension « éducation-formation » n’est pas prise en compte, il est donc impossible d’estimer l’inadéquation entre l’offre et la demande du marché du travail français.

Elle conclut en indiquant que la transition énergétique ne crée pas d’emploi mais les fait évoluer. En effet, des compétences nouvelles seront à acquérir en lien avec l’écoconception, la coordination et la transition numérique.

 

Les formations de la transition énergétique

 

Les formations initiales tentent de s’adapter au marché du travail avec plus ou moins de réussite. Le rapport mentionne l’importance d’insister sur l’interdisciplinarité, la capacité à maitriser des approches systémiques et l’importance de traiter des cas réels en lien avec les entreprises. Par ailleurs, les formations liées au carbone (capture, stockage, réutilisation) et à la chaleur fatale sont encore trop rares.

Concernant les formations professionnelles, il s’agit de créer des enseignements spécifiques à la transition énergétique notamment pour les fonctionnaires travaillant pour les territoires.

 

Le pilotage de la transition énergétique

 

La mission suggère une « gestion opérationnelle et durable des ajustements ». Elle propose de s’appuyer sur une approche holistique de la situation, d’évaluer les pertes et les créations d’emplois afin qu’elles se produisent concomitamment pour éviter une fracture sociale. La transition sera acceptable uniquement si elle est anticipée et non pas subie.

D’autre part, l’analyse du secteur de l’énergie montre que la sortie progressive du nucléaire implique des modifications et des pertes d’emplois. Pour le bâtiment, il est impératif d’intégrer l’isolation thermique et d’abandonner certains modes de chauffage. Pour le transport, il est nécessaire d’accompagner les acteurs de la filière vers une sortie des véhicules thermiques pour des mobilités décarbonées.



[1] «un métier vert est un métier dont la finalité et les compétences mises en œuvre contribuent à mesurer, prévenir, maîtriser, corriger les impacts négatifs et les dommages sur l’environnement » 

[2] « un métier verdissant est un métier dont la finalité n’est pas environnementale, mais qui intègre de nouvelles « briques de compétences » pour prendre en compte de façon significative et quantifiable la dimension environnementale dans le geste métier » Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte (2017). Rapport d’activité 2016